"Nous sommes dans une phase de renouvellement de l'élite"
Le tennis de table français se prépare à tourner une page, glorieuse, pour se relancer. Rencontre avec Gérard Velten, président de la fédération française, aux origines alsaciennes (des racines à Mutzenhouse, près de Hochfelden), et son directeur technique national Michel Gadal.
- Comment a évolué votre fédération depuis la dernière olympiade ?
- Gérard Velten : Notre place est à peu près la même. Nous sommes parmi les douze premières fédérations olympiques avec nos 190 000 licenciés. A relever cependant, une petite inflexion la saison dernière après une montée continue. Ce sont pas moins de 4200 clubs qui font notre richesse. Leur répartition suit la démographie avec en tête l'Ile-de-France, le Pays de la Loire, la région Nord-Alpes et le Nord-Pas-de-Calais. L'Alsace, avec seulement deux départements, est plus loin, mais elle fait preuve d'une associativité très vivace.
Une petite fenêtre
- Malgré les Mondiaux de Bercy l'an passé, la médiatisation du tennis de table reste décevante.
- G.V. : Nous avons dépassé le stade de la frustration pour devenir presque fatalistes. Aux championnats du Monde, nous avons fait le plein pendant huit jours, avec un total de 82 000 spectateurs, et nous avons bénéficié en tout et pour tout d'une heure de direct sur France 3. Je regrette cette part congrue qui nous a été faite sur les chaînes publiques malgré nos interventions au plus haut niveau au sujet d'un événement que la France n'avait plus connu depuis 1947. Il s'ensuit le problème du partenariat commercial.
- Et les retombées pour un engouement auprès du grand public ?
- G.V. : Je vous donne rendez-vous en mars-avril pour connaître les chiffres d'un éventuel effet des championnats du Monde sur l'adhésion de nouveaux pratiquants. Je n'ai pas senti de progression notable, mais c'était un vrai succès populaire qui a surpris tout le monde.
Développer les clubs
- Quelles actions menez-vous au niveau des clubs ?
- G.V. : Il s'agit d'une politique d'aide au développement, avec la mise en place d'outils d'évaluation. Le « guide du club » donne l'état des lieux et permet de définir les pistes d'amélioration. Nous prônons aussi l'élaboration d'un contrat d'objectif. C'est un travail de longue haleine que nous menons depuis 2001.
- Et que vous souhaitez poursuivre...
- G.V. : Le 20 décembre, j'ai annoncé ma candidature pour un second mandat (élections en décembre prochain). Nous avons commencé à structurer par le haut, tout en nous penchant sur les initiatives des ligues ou des comités. Il ne s'agit pas de courir plusieurs lièvres à la fois, mais de cibler des objectifs bien identifiés sur lesquels les clubs se positionneront. Bernard Simonin (président de la ligue d'Alsace), l'un des membres du comité directeur de la fédération, est chargé d'un programme de développement sur la base des actions qu'il mène au niveau régional. Ce qui se passe ici aujourd'hui (hier) pour ces assises, devrait se faire dans toute la France.
La relève se prépare
- Quelles sont les difficultés à surmonter au quotidien ?
- G.V. : Nous avons les mêmes problèmes que les disciplines comparables à la nôtre avec une crise des vocations qui affecte le renouvellement des cadres dirigeants. Il n'y a pas, non plus, assez d'arbitres par rapport au panel de compétitions à gérer. D'autres difficultés, mais elles sont en train de s'améliorer, concernent la réalisation de salles spécifiques dans les villes. Un schéma d'aménagement du territoire a été mis en place. Il faut se projeter dans l'avenir avec réalisme.
- Avec Gatien, champion du Monde en 1993 et finaliste des Jeux en 92, Chila, Eloi, Legout, l'élite française semble bien vieillissante...
- Michel Gadal : Ils ont tous les quatre été dans les vingt meilleurs mondiaux à un moment. Ils sont toujours là, mais c'est vrai qu'ils ont dégringolé. L'équipe de France actuelle est en place depuis dix ans, mais nous sommes entrés dans une phase de renouvellement de l'élite. C'est encore plus vrai pour les filles où, depuis Anne Boileau, nous n'avons plus de joueuse au niveau européen. Au niveau mondial des moins de 21 ans, la France compte pourtant huit garçons dans les cent premiers, avec Loïc Bobillier, qui n'a que 18 ans, en 36e position, et la Lorraine Carole Grundish qui est 60e et 6e junior européenne à 17 ans.
Ambitions modestes pour les J.O.
- Ce qui permet d'espérer quelle récolte pour Athènes ?
- M.G. : Ce sera trop tôt pour eux. Attendons plutôt 2008 voire 2012. Pour Athènes, avec pour l'instant Patrick Chila comme seul qualifié, on dira qu'aucune médaille n'est prévue. Je vous rappelle qu'il n'y en a que douze à distribuer.
- Cette prudence augure des jours meilleurs ?
- M.G. : Le tennis de table est sport olympique depuis 1988. En Europe, la France est au premier plan avec la Suède et l'Allemagne. Nous n'avons malheureusement pas tout à fait la culture du haut niveau et il est vrai que le champion de demain reste à trouver. Une politique de meilleure sélection va nous donner les moyens réels de passer à l'étape supérieure. C'est un problème de gestion globale qui passe par les pôles espoir et France (en septembre, il ne restera que Nancy, Nantes et Bordeaux, Wattignies et Voiron étant supprimés) et, en amont, par une stratégie de détection dès avant dix ans. Chaque joueur sera suivi, en parallèle avec son entraîneur de club, dans sa formation.
Source : Hubert Letz - DNA - 5 janvier 2004

























