Gatien tourne la page
![]() Philou Gatien (Photo Klug) |
C'est à onze ans que Jean-Philippe Gatien a commencé à développer son jeu basé sur la vitesse qui le conduira au plus haut niveau. « Les Chinois qui dominent la discipline ne sauront pas comment réagir quand ton système sera au point », lui aurait dit Michel Gadal, alors CTR du Languedoc-Roussillon devenu Directeur technique national. Des détails comme celui-ci, le gaucher du Gard en donnera des dizaines lors de sa tournée d'adieu, qui a fait étape à Lingolsheim samedi dernier. Venu avec Patrick Chila, 26e du classement mondial, il s'est livré dans un premier temps à une séance d'entraînement avec son partenaire des JO de Sydney (2000). Une démonstration, avec la participation du public, qui a montré la précision, la vitesse et la rapidité de déplacement nécessaires pour prétendre au titre de n°1. Les jeunes du pôle Alsace n'en ont pas perdu une miette. Après le match d'exhibition, Gatien s'est dévoilé à son public sur grand écran avec les meilleurs moments de sa vie de compétiteur, commencée à l'âge de 5 ans.
Euro/Asie : le déclic
Le plus étonnant était sans doute d'apprendre qu'il doit son destin en partie à un coup du sort. « En 1986, le tournoi euro/Asie qui confrontait les meilleurs Chinois et Européens s'est passé à Paris », raconte-t-il devant les images qui défilent dans le gymnase de Lingolsheim. « Un Suédois s'est blessé au dernier moment. Je l'ai remplacé au pied levé… Et j'ai battu le Chinois n°6 mondial ». Ce tour de force vaut au jeune prometteur sa place en équipe de France. En 1998, il en fait partie quand le tennis de table devient discipline olympique. Les challenges se multiplient. Il remporte 71 titres et médailles en championnat officiel, le top 12 européen en 1992 et la coupe du monde en 1994. On sait moins qu'après sa médaille olympique, il est parti trois ans au Japon, à la Circuit League pour « des raisons financières ». Entre-temps, son jeu aura été étudié, disséqué. « Je n'ai jamais pu le vérifier, mais dans les années 90, les Chinois qui avaient perdu plusieurs titres mondiaux ont paraît-il fabriqué des clones des meilleurs joueurs européens, des jeunes qui reproduisaient exactement le système de jeu des Suédois et de moi-même pour que leurs joueurs puissent s'exercer ». Ce qui ne l'empêche pas de voir son avenir en Chine, dans le commerce du tennis de table. Il est 23 h 30 quand il s'arrête de parler. L'heure des derniers autographes avant de se lancer une nouvelle carrière, fin juin, au terme de cette tournée d'adieu.
L'Alsace - 22 mai 2006


























